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réponse à la propagande en faveur du nucléaire de Jancovici

vendredi 8 janvier 2016, par Jean Monestier

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Je trouve regrettable la propagande partiale en faveur de l’énergie nucléaire diffusée le 25 novembre 2015 par Jean-Marc Jancovici à plusieurs reprises et sans contrôle. On a commencé à nous le présenter comme climatologue. Première nouvelle ! Jusqu’à maintenant, je l’avais écouté, filmé et lu comme un énergéticien, auteur par exemple du livre « Le plein s’il vous plait ». Parle-t-il dans sa spécialité et sous le contrôle de ses pairs, ou hors de sa spécialité, auquel cas sa parole n’a pas plus de valeur que celle tirée d’un micro-trottoir ? La question n’est pas anodine.
Il prétend que beaucoup plus d’éoliennes réchaufferaient le climat en gênant le refroidissement atmosphérique naturel de la planète. Compte tenu du fait que le soleil apporte à cette dernière plusieurs milliers de fois l’énergie que l’humanité consomme annuellement, j’aurais bien aimé lui entendre demander quel est l’ordre de grandeur de ce nouvel inconvénient reproché aux éoliennes (par la nucléocratie ?) Cela me fait irrésistiblement penser à celui qui était fait au soleil, il y a quelques années, de ne pas être une énergie durable puisqu’il commencerait à s’éteindre dans cinq milliards d’années. On frise la mauvaise foi.

J’aimerais aussi lui entendre objecter que les centrales nucléaires elles-mêmes dégagent de la chaleur, notamment dans l’eau des fleuves, au point qu’on a dû envisager d’en arrêter quelques unes en période de canicule, sous peine de risquer de tuer toute vie aquatique.
Jancovici prétend que le nucléaire ne dégage pas de CO2. Les mines d’uranium, les transports et le traitement de ce dernier, les cimenteries qui fabriquent le béton et les aciéries qui coulent l’acier nécessaires à la mise en place des réacteurs fonctionnent-ils exclusivement à l’électricité ? Comme les éoliennes, les centrales nucléaires, par leur énergie grise, dégagent du CO2, et, du fond de ma province lointaine et arriérée, je me suis laissé dire que la quantité en serait du même ordre de grandeur par kilowattheure produit. Ce problème est d’ailleurs un impensé fréquent de la transition énergétique, et je soupçonne que les nucléocrates en sont grandement responsables.
Sur le plan des risques, il est certainement très vendeur de soutenir que les 10.000 morts provoquées par tel barrage (ou les centaines de milliers provoquées par l’industrie charbonnière depuis ses origines) pèsent beaucoup plus lourd que le zéro mort de Fukushima, mais l’OMS, inféodée à l’AIE, autre agence de l’ONU, n’a pas une position scientifiquement fondée sur ce point. Elle exprime seulement la politique dictée par l’AIE en application d’un accord des années 50, sans laquelle les coûts humains du nucléaire seraient perçus pour ce qu’ils sont : exorbitants, ruineux, donc totalement dissuasifs.

Face aux 35 morts officiels dus à Tchernobyl (fiction criminelle), la réalité parle de 60.000 liquidateurs morts jeunes dans des conditions monstrueuses, et le rapport de l’académicien Yablokov, en conclusion d’études statistiques, en compte un million au niveau mondial, chiffre approuvé par l’Académie des Sciences de New-York. Je vous renvoie au remarquable travail du journaliste Wladimir Tchertkoff, exposé dans son livre « Le crime de Tchernobyl » et ses films « Le sacrifice » et « Controverses nucléaires ». Dans ce dernier, un ancien directeur de l’OMS nous apprend à la fois que, sur ce risque, l’OMS ment totalement sous la pression de l’AIE, mais aussi qu’il était tenu au devoir de réserve quand il était en fonction. Je vous renvoie aussi aux actes du colloque « Vivre Tchernobyl », dont une bonne moitié en russe, auquel j’ai assisté à Lyon en 2008. Quant à Fukushima, les enfants y sont déjà malades par dizaines. Quand Jancovici nous ressert le vieux poncif selon lequel la vie même est un risque, et qu’il faut toujours arbitrer entre des avantages et des inconvénients, encore faudrait-il que l’appareil de mesure soit convenablement étalonné. Est-ce que le risque d’avoir un cancer du cerveau et celui de jouer à la roulette russe sont opposables ?
Quant à la psychanalyse à deux balles de Jancovici sur les motivations des écologistes, elle descend au niveau des propos de comptoir. C’est normal, puisque ce Monsieur n’est ni sociologue, ni politologue. Je vous préciserai quand même que, personnellement informé par les Amis de la Terre et le Journal « La Gueule Ouverte », je suis devenu un opposant réfléchi à l’utilisation de l’énergie nucléaire bien avant que les Verts n’existent. Sans parler des morts qui n’étaient guère nombreux à l’époque, j’ai toujours pensé que la gestion des déchets pendant des centaines d’années était une perspective inadmissible pour une société humaine. On a pu connaître dans le passé des héritages quasi nuls. Mais même un désert représente un espace et, souvent, un gisement d’énergie solaire fabuleux. Cette fois, on inaugure dans l’histoire humaine la notion d’héritage négatif, qui ne pourra être ni refusé ni évité par les générations futures, et qui amoindrira simultanément leur patrimoine et leurs revenus pendant des siècles. Je pense que, à long terme, une telle société ne peut pas être durable. Peut-être pourrait-on même le démontrer mathématiquement en fonction de l’augmentation cumulée de ces déchets.
Nous voudrions que les jeunes nous respectent alors que nous piétinons leur avenir. Ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y en ait pas davantage qui se révoltent. Pour en rester au niveau des propos de comptoirs qui régnaient alors sur votre antenne, j’irais jusqu’à me demander si la désinvolture irresponsable de nos décideurs vis-à-vis du nucléaire ne ferait pas le lit du djihadisme.

Quoiqu’il en soit, vous avez peut-être des enfants et vos collaborateurs en ont certainement. Moi qui n’en ai pas, mais seulement des neveux, et 12 enfants de Tchernobyl dont je finance les soins, je ne comprends pas votre irresponsabilité à leur égard. Serait-ce tout simplement, comme cela apparaît clairement dans votre complaisance vis-à-vis de Jancovici, parce que vous ne connaissez pas le dossier ? Personnellement, je n’ai pas attendu les papotages de Jancovici sur votre antenne pour hiérarchiser mes priorités. Je vous envoie donc ci-joint à mes frais, un DVD contenant notamment le film « Controverses nucléaires », que je citais plus haut. Le regarderez-vous ? Un ou une de vos collaborateurs(trices) le regardera-t-il ? Je prends le risque, et, n’en déplaise à Jancovici, ce risque qu’il finisse dans un tiroir me paraît infime par rapport au risque monstrueux que l’industrie nucléaire fait courir à l’Humanité. A tout hasard, je joins copie de quelques textes concernant Fukushima, notamment ceux extraits du bulletin de l’Association « Enfants de Tchernobyl-Bélarus », dont je fais partie.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en Chef, l’expression de mes
Sincères salutations terriennes.
Jean Monestier.