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PREMIER COMMUNIQUÉ DE QUELQUES HIBOUX DE BURE

jeudi 22 février 2018

Ce matin à 6h15 a débuté l’expulsion du Bois Lejuc par 500 gendarmes
avec grand renfort de communication de la part du Ministère de
l’Intérieur, et les chaînes d’infos en continu branchées sur les images
sensationnelles de blindés militaires massés près de ce bois, de cabanes
envahies au petit matin, de gendarmes en cagoule munis de tronçonneuse
et caméras embarquées...

L’opération, censée mettre à exécution une décision d’expulsabilité
rendue l’année passée par le Tribunal de grande instance de Bar-le-Duc,
intervient avant l’épuisement des recours juridiques (notamment sur la
propriété de l’Andra sur le bois) et avant la fin de la trêve hivernale
alors que plusieurs structures d’habitation et d’occupation avaient été
installées aux abords et au coeur de la forêt. Alors même également que
l’EODRA (association des élus opposés à l’enfouissement) avait domicilié
en janvier son siège social dans la forêt. L’Andra ne pourra légalement
commencer aucun de ses travaux dans le bois : l’Autorité
Environnementale a prescrit en octobre 2017 a l’Andra la réalisation
d’une évaluation environnementale avant tous travaux préparatoire, la
période de nidification à la mi-mars empêche tous travaux, et l’Andra
n’a pas d’autorisation de défrichement.

Comme en 2012 à Notre-Dame-des-Landes, les bulldozers suivent
immédiatement les gendarmes, on rase au plus vite les lieux de vie sans
laisser le temps de récupérer tous les effets personnels. Déjà suite à
une première expulsion du bois en juillet 2016 les machines de l’Andra
avaient défriché illégalement une partie conséquente des arbres avant
que l’opposition ne réinvestisse et ne réoccupe la forêt à la mi-août
2016.

À cette heure, des arbres restent occupés par plusieurs hiboux. Une
vingtaine de gendarmes mobiles sont en bas. Plusieurs personnes ont été
interpellées lors de l’opération, ou sont encerclées sur des chemins
menant à la forêt, de multiples vérification d’identité ont eu lieu. Au
moins une personne a été placée en garde à vue.

RÉSISTER PARTOUT

Cette expulsion entérinée par le gouvernement Macron intervient dans un
contexte de durcissement dramatique du contexte social à l’encontre du
monde du travail, des étudiants, des migrant-e-s, etc . C’est la mise en
place d’un modèle industriel et social à l’américaine qui précarise,
piétine allègrement l’environnement et les populations et s’impose par
la force et l’intransigeance. Le président Macron marche dans les pas de
Margaret Tatcher : tolérance zéro, le message est clair.

Cette opération foudroyante est avant tout une manoeuvre politique à la
mise en scène minutieusement orchestrée pour empêcher que l’abandon de
l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne galvanise la résistance partout en
France. Une opération pour tenter d’enrayer tout le soutien national qui
s’organise peu à peu, avec comme symbole une petite maisonnette crée par
le comité de soutien de Dijon qui devait être installée dans la semaine,
la première cabane d’un comité de soutien. Dans les mots décharnés de la
Préfète, c’est "un projet de construction en dur manifestant la volonté
des opposants de s’installer durablement". Nous disons que c’est un
mauvais pari. Nous sommes déjà installé-e-s durablement, dans la forêt
et partout autour dans les villages que nous habitons, mais aussi
partout ailleurs en France où chaque opération de police multiplie les
soutiens. Ce matin l’Etat a choisi d’envoyer un signal très fort qui
nous confirme que la résistance doit continuer de s’organiser partout en
France et au-delà et que Cigéo est un point crucial dans la pérennité
d’une industrie nucléaire qui s’impose par la force sous couvert de
concertation.

Lorsque nous avons commencé à occuper le bois Lejuc en juin 2016 nous
n’aurions jamais imaginé que nous y serions 1 an et demi plus tard, que
l’Andra devrait reculer, que des dizaines de comités se créeraient
partout en France. Les ministres auront beau jouer le traditionnel jeu
de la dissociation sur BFM entre les "méchants cagoulés" à nettoyer
d’urgence et l’opposition citoyenne pacifique, ce discours n’a jamais
pris à Bure où nous luttons dans mouvement protéiforme et
complémentaire. Tous les médias parlent de la "ZAD de Bure", pour mieux
créer le parallèle avec NDDL dans l’esprit des gens. Nous avons toujours
dit que s’il y avait une ZAD à Bure, c’était celle de tout un
territoire, partout, parce que l’horreur atomique et le rouleau
compresseur étatique qui la sous-tend ne connaissent pas de frontières
quand il s’agit de broyer les existences des gentes et leurs territoires
de vie au nom du profit et du contrôle.

La pornographie policière et médiatique des images de destruction et la
mise en scène du "retour à l’Etat de droit" ne satureront pas nos têtes
et nos coeurs, ne recouvrira pas tout ce qui s’est vécu depuis des
années à Bure et tout autour, et ce qui va se vivre dans les années à
venir. Expulser le bois Lejuc ce matin, c’est taper et attaquer partout
toutes celles et ceux qui sont venu.es sur place par milliers dans les
années passées et portent déjà en elles partout, un morceau de Bure.

Chaque attaque nous renforce dans notre détermination, on ne nous
atomisera jamais !

LES RENDEZ-VOUS

Ce texte est un premier communiqué écrit à chaud, d’autres suivront,
d’autres voix, d’autres témoignages. Nous appelons d’ores et déjà :

==> À organiser des rassemblements partout en France ce soir à 18h
devant les Préfecture

Voir en ligne : https://manif-est.info/