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LETTRE OUVERTE A ORANGE.

vendredi 18 décembre 2015, par Jean Monestier

Objet : Incitation à l’obsolescence.

Le matin du 11 décembre 2015 à 11h40, vous m’avez envoyé, de même sans doute qu’à de nombreuses autres personnes, un SMS dont le texte est le suivant :
 « Votre nouveau smartphone Orange Rise 30 à partir de 29,90 € grâce au bonus Orange reprise de 20 €uros ! Rapportez votre ancien Mobile Orange avant le 06/01, un conseiller vous guidera dans votre choix. (Conditions détaillées en boutique Orange, reprise possible selon la valeur du mobile)
Expéditeur : Orange Envoyé : 11/12/2015 à 11:40:00

Je ne vous ai rien demandé. J’utilise un téléphone mobile que m’a donné une parente qui en avait plusieurs, n’ayant pas pu faire réparer, même en payant cher, celui que vous m’aviez vendu il y a plusieurs années. Ce cadeau me donne entière satisfaction. Non seulement votre proposition consumériste ne m’intéresse pas, mais, à l’heure où l’on négocie âprement la limitation du réchauffement climatique que les États accepteront de financer, je la trouve totalement criminelle. Vous vous livrez à l’incitation à l’obsolescence, qui n’est au fond qu’une débauche à caractère industriel (Réf 1). Ce faisant, vous contribuez, non seulement, par les activités minières causées par les productions électroniques, à priver des peuples lointains et méprisés de leur milieu de vie (Réf 2) mais, par les opérations exigées lors de l’extraction et du raffinage des terres rares, vous soutenez l’augmentation planétaire des émissions de carbone, par ailleurs accélérée par l’augmentation tendancielle des taux de stériles de ces mines, au mépris de l’impossibilité totale de recycler ces produits, causée par l’imbrication des assemblages, très fine du fait de leur miniaturisation et de leur complexité (Réf 3).
Ce faisant, vous contribuez à rendre cette planète inhabitable pour les jeunes générations, qui, devant l’absence de futur, ne pourront que finir par se révolter contre notre égoïsme consumériste. Suprême perversion, vous les invitez elles mêmes à participer à leur irréversible déshéritage. Il faut bien constater que vous travaillez ainsi à votre propre disparition au cœur de celle, plus large, de toute l’Humanité, ce qui prouve que vous êtes incapables, à défaut d’une loi protectrice de l’intérêt général, de prendre les bonnes décisions, définies par les spécialistes comme celles qui sont favorables à la survie de la personne agissante (Réf 4).

Certains refusent pourtant cette marche au suicide, observable, hélas, dans de nombreux domaines (multiplication sans fin des déchets nucléaires, débauche d’énergie fossile, épuisement des stocks limités de richesses géologiques, exploitations des ressources renouvelables au-delà leurs capacités, destruction de la biodiversité, etc.). Contribuant à leur préparer l’enfer avec d’autres grands acteurs économiques, vous faites indirectement le lit de DAECH et du Front National, qui ne sont que les deux mâchoires du même piège à loups, tendu par nous-mêmes, qui se refermera cruellement sur notre cou.

C’est donc dans un réflexe démocratique de survie que je lance à la mer des consciences citoyennes cet appel à soutenir la sobriété et non l’obsolescence, et à prendre parti pour le maintien d’une biosphère humainement habitable. Mon identité précise importe peu, puisque je sais que vous ne répondez pas aux courriers individuels argumentés, et que je ne suis en fait qu’une cible commerciale parmi les milliers d’autres qui pourraient signer cette lettre ouverte.

Camille.
Pour le maintien d’une biosphère humainement habitable.

Bibliographie
Réf 1 : « La face cachée du numérique » L’impact environnemental des nouvelles technologies, de Fabrice Flipo,
Michelle Le Dobré et Marion Michot - Editions l’Echappée - 2013.
- « Bon pour la casse », par Serge Latouche, Editions Les Liens qui Libèrent - 2012.
Réf 2 : « L’Ecologisme des pauvres, une étude des conflits environnementaux dans le monde »,
de Joan Martínez Alier - édition Les petits matins/Institut Veblen - 2014
traduit de « El Ecologismo de los pobres. Conflictos ambientales y lenguajes de valoración »,
édité par Icaria editorial, S.A. - 2011.
Réf 3 : « Quel futur pour les métaux ? », de Philippe Bihouix & Benoît de Guillebon,
édité par EDP Sciences - 2010.
Réf 3 : « L’erreur de Descartes », de Antonio Damasio, Editions Odile JACOB - 1995.