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L’Italie de Machiavel à Grillo

jeudi 7 mars 2013, par Sergio Ghirardi

Aujourd’hui encore, émerge en Italie un premier mouvement politique (M5s : Movimento cinque stelle - Mouvement cinq étoiles) qui se bat sur le terrain parlementaire pour la transition pacifique entre l‘arnaque parlementariste, archaïque et bourgeoise, et une démocratie réelle concernant finalement tout le peuple.
« Peuple », le mot ambigu est lâché, et derrière une telle proie très prisée, les nouveaux chiens de garde se déchaînent, délirant sur le populisme présumé d’une critique radicale en rupture avec la logique des partis politiques.

Tous les mercenaires, politiciens et journaleux, de droite et de gauche s’en donnent à coeur joie pour dénoncer le populisme de Beppe Grillo, ce Coluche génois qui ne lâche pas le morceau, et a fortiori du M5s. Toute la presse et le medias « imbedded » avec le capitalisme libéral de droite et de gauche sentent mauvais le florilège propagandiste anti mouvement. Et pas uniquement en Italie car ces spécialistes en populisme, du Midi Libre à Libération, de radios aux chaînes télés, abondent en France aussi.
Cherchons donc à faire œuvre de contre information et que chacun se fasse son idée critique car il n’est pas question d’être des tifosi de Beppe Grillo, pas plus que de ses détracteurs, mais de se manifester en hommes et femmes libres, comme les partisans passionnés d’une démocratie réelle qui manque cruellement en Italie, certes, mais en France et en Navarre aussi.
Tout en sachant qu’en histoire la chute des empires peut durer longtemps, nous sommes face à l’écroulement du capitalisme planétaire redoublant de nihilisme, de férocité et de magouilles, obligé par ses spin doctors à déguiser son effondrement en crise économique.
Or, le M5s est né en Italie par la rencontre de l’intention têtue de deux individus (Beppe Grillo e Gianroberto Casaleggio) avec la volonté d’une masse d’Italiens d’en finir avec la corruption des politiciens et des medias au nom d’une réappropriation de la politique et de l’information.
Le blog de Beppe Grillo - parmi les dix blog les plus suivis du monde dans la galaxie du web - a été le collant qui a réuni un peuple des nouveaux citoyens dégoûtés par les pantomimes mafieuses de la bande à Berlusconi mais aussi par les scandales touchant les bureaucrates de la gauche postcommuniste. Car ces anciens souteneurs d’un socialisme autoritaire à masque humain, ont simplement troqué l’idéologie socialiste en faillite avec celle d’un libéralisme sobre et contrôlé, affublé du même masque toujours plus grotesque. Ils sont maintenant touchés par la faillite politique, accablés par leurs arrangements sournois avec Berlusconi pendant qu’éclatent maintes accusations d’illégalités concernant des opérations économiques plus que douteuses : voir récemment l’imbroglio du Monte dei Paschi di Siena, ancienne banque de Toscane devenue une créature financière du PD (le Parti Démocrate, héritier en vrac de la gauche parlementaire communiste et socialiste, plus - Vatican oblige - de la composante sociale de l’ancienne Démocratie Chrétienne).
Contre les affaires de la « casta », les cinq étoiles du logo du Mouvement indiquent les thèmes prioritaires de la lutte politique du M5s, mais elles sont devenues sept dans le programme présenté aux élections de la semaine dernière : Etat et Citoyens, Energie, Information, Economie, Transports, Santé, Education.
Pour les pratiquants de la langue de Dante, les 15 pages du programme sont lisibles sur Internet (Programma del movimento cinque stelle-blog di Beppe Grillo).
Ce document inclut la volonté de réalisation des choix référendaires gagnés par le peuple et ignorés par la caste au pouvoir, comme l’eau publique et l’arrêt du financement par l’Etat des partis politiques et des journaux privés. Il mentionne, enfin, les deux hypothèses « les plus abjectes et populistes », bien sur : la création d’un salaire social minimum pour tous et l’arrêt immédiat des travaux du tunnel TGV en Val di Susa !
Comment s’étonner de la virulence des attaques portées par les serviteurs volontaires qui rêvent d’atterrir en avion à Notre Dame des Landes ?
Mais où est-il le populisme dans tout cela ? Dans l’ouverture à une sensibilité décroissante, dans la volonté affichée de solidarité, dans la volonté de restituer aux citoyens un droit de décision sur ce qui les concerne, dans la prétention de réduire drastiquement les émoluments à la caste politique et médiatique qui vampirise le pays, pendant que tous les élus du M5s (Plus de 100 à la Chambre et 56 au Sénat) renoncent d’emblée aux prébendes qui provoquent l’indignation ?
S’opposer au capitalisme, à son exploitation et à son aliénation est-il donc synonyme de populisme ?

Nul ne peut anticiper l’évolution d’un mouvement qui doit encore faire ses preuves et le jugement devra être sans appel, vérifiant que la logique du Guépard (« Il faut que tout change afin que rien ne change ») ait été bel et bien annihilée.
Néanmoins, qui parle aujourd’hui de populisme n’est qu’un courtisan d’une Versailles médiatique.
L’histoire nous rappelle la destinée d’une telle racaille.

Sergio Ghirardi