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Résumé de la journée du 14 oct sur la Métropolisation

dimanche 26 novembre 2017, par Alexis Ferte

Le 14 octobre avait lieu la première journée de réflexion organisée par notre groupe de Toulouse. Nous avions invité les coordinateurs des carnets de la décroissance n°2 et n°3 Guillaume Faburel et Mathilde Girault autour du thème "Quelles alternatives à la métropolisation ?"

La journée était divisée en trois parties :
1 - Lors de la première, nous avons principalement échangé autour des trois imaginaires qui structurent le phénomène de métropolisation : accélération, consommation, accumulation.
2 - Lors de la deuxième, nous avons étudié certains aspects des alternatives qui se posent en réaction à ce phénomène, avec un zoom sur trois points communs : Le rapport renouvelé à la terre, la volonté de coopérer, l’expérimentation de l’autogestion.
3 - Nous avons débattu autour de deux questions clés : Qu’est ce qui nous maintient en ville ? Quel est notre rapport politique au phénomène de métropolisation ?

I.

Pour la première partie de la journée, les intervenants nous ont proposé une analyse du phénomène de métropolisation. "Mécanismes de la métropolisation : réactiver la critique d’un phénomène".

Nous partons des réformes des régions et des "collectivités territoriales". Ces réformes récentes sont censées rendre plus cohérente l’organisation du territoire avec la réalité des villes, villes voulant devenir plus grandes et plus importantes dans le jeu concurrentiel national et international, villes voulant devenir des "villes monde". La logique de croissance guidant le phénomène il fallait un statut à leur donner pour les considérer concurrentielles : les "métropoles". Elles ont pris le rôle de "locomotives territoriales" que leur donne un pouvoir politique qui cherche avant tout le point de croissance.

Pour aller plus loin que certaines recettes facilement observables (rénover, inviter des multinationales, etc) ce "métarécit" de la métropole peut être décrit à partir de 3 imaginaires :

1- Accelerer
Il s’agit d’augmenter les connexions, "d’agiliter", d’accélérer tout, y compris le rendement du capital. La ville sert d’accélérateur de changement, et intègre cette logique partout, jusqu’à la "colonisation" de nos propres rythmes de vie, de chaque temps de la vie quotidienne, incluant le sommeil. On rencontre un discours voulant régler le problème rural par plus de mobilisation, et en parallèle un discours de "patrimonialisation" des villes se traduisant par des politiques d’attractivité des populations. Les nouveaux plans d’aménagement sont fait pour éviter les points de blocages, pour circuler, pour une mise en mouvement permanente.

2-Consommer
Chaque ville cherche à se démarquer pour exister à l’échelle territoriale et pas seulement régionale, cherche à créer une certaine image, et à augmenter son "capital symbolique" en conduisant par exemple un "enpaysagement des lieux". L’imaginaire de la ville pour consommer, implique malgré l’imaginaire de l’accélération, une logique de fixation, un moyen de fixer le capital. On assiste à une certaine forme de marketing des villes pour elles-même (avec des slogans anglicisé tels que "Only Lyon"), comme si elles étaient des marques. Il s’agit d’une forme construite de l’imaginaire pensée pour créer de la valeur symbolique, bâtir une fiction collective, un récit permettant une singularité dans la modernité. D’où parfois une communication culturelle abondante, un dopage de l’évènementiel, une "consommation du symbole" et une participation sportive suivant cette logique. Les villes se donnent des labels ("écocité", "french tech", etc) pour se valoriser, tentent se "re-bucoliser", et se servent de l’écologie comme atout de vente usant d’une "logomachie" parfois impressionnante pour nous proposer de répondre à notre besoin de la terre tout en l’artificialisant.

3-Accumuler
Le troisième imaginaire est la décomplexion de l’accumulation, l’idée que nous pouvons tous avoir ce qu’on veut, du sport, des événements, des objets, des expériences, etc. Il construit une fable, un attendu anthropologique de ce que devrait être l’homme métropolitain, un entre-soi nécessaire pour se reconnaître et se construire. A une autre échelle, les villes mondes sont appelées dans cet imaginaire à remplacer le pouvoir des états. Il y a cependant des choses qui sont invisibilisées : les mouvements de départ des grandes villes, les campagnes toujours sous domination urbaine malgré la mode "d’aller voir" permettant de se rendre compte qu’à la campagne les gens ne sont pas si égoïstes. Un retournement, très lent, invite à mettre de la nature dans le périurbain recréant le portrait sociologique de l’homme périurbain, y incluant un désir social et écologique, et le fantasme d’un peu de nature. On sort ainsi de la vision des périphéries comme externalisation de ce que sont devenues les villes métropolisées.

Avec une vision trop large on ne se rend pas compte de la décroissance (ici au sens d’un réduction des effectifs de population) qui s’opère dans certains centres-villes. Entre 2006 et 2011, 30% des ères urbaines ont perdu du monde. Dans les logiques décrites ci dessus, cette décroissance est vue comme un phénomène de déclin, à l’inverse de rebondissements comme celui de Manchester.

Ces logiques conduisent à des ruptures, rupture anthropologique, rupture des corps épuisés. Elles sont limitées par certains fossés : le désir d’éternité et d’infini ("accélérer l’accélération" n’est ce pas un désir d’infini ?) est forcé de se plier aux limites de l’espace et du temps. La question du sens fait surface par une repolitisation des logiques ordinaires et des pratiques quotidiennes (reconsidération du sens pour le bien commun des actions individuelles et collectives). Sur la question de la mixité, les logiques de métropolisation vivent un échec : d’une part parce que la mixité ne peut pas se décréter, et d’autre part parce qu’elle est possible à taille humaine, mais impossible en masse. Au delà de la question de la taille qui manque trop souvent à être posée, il manque un débat point à point sur les vertus de la densification, sur la nécessité de grossir pour exister.

II.

Pour la deuxième partie de la journée, nous avons évoqué les formes d’Alternatives au phénomène de métropolisation :

Dans le récit des métropoles, certaines réalités ont été invisibilisées, notamment la question du mode de vie dans les espaces métropolisés : le sens de vivre dans une grande ville est aujourd’hui questionné. La grande ville pose question, et le questionnement se décline dans une grande diversité de thématiques.

Dans les carnets de la décroissance, cent initiatives ont été choisie pour donner idée de la multitude et de la diversité des initiatives, montrant ainsi la sécession qui est engagée. L’idée n’est pas de les relister ou de les décrire mais d’en dégager les logiques principales.

Depuis une période récente l’engagement politique s’exprime différemment, en s’enchassant dans nos pratiques individuelles et en se mobilisant plus localement. On pourrait citer l’exemple des monnaies alternatives ou de la contestation contre les grands projets inutiles car elles montrent désormais un autre rapport au lieu, allant jusqu’à des principes d’occupation.

Ces nouvelles alternatives montrent de nouveaux aspects : elles utilisent les corps comme un objet de lutte (expl : ND des Landes), veulent relocaliser, et font du mode de vie un mode d’engagement.

La métropolisation étant un déplacement géographique et existentiel, le fait de reconquérir l’objet de domination qu’est le lieu montre son importance. Il s’agit de construire un monde ailleurs parce qu’en métropole ce n’est plus possible, exprimant ainsi une contrariété radicale vis à vis de la ville motivée par une lassitude mais aussi par un doute de la ville en ce qu’elle est devenue.

Dans ce contexte trois points communs à ces luttes sont intéressants à relever :

1- Rapport à la terre
La lutte pour les lieux montre un rapport à la terre assez défini. Les contestations et les alternatives se placent en dehors des métropoles non seulement pour le simple fait de s’en extraire, mais par souhait de faire corps avec son milieu, avec un rapport au vivant renouvelé. Ce nouveau rapport à la terre est incarné par exemple par le développement des circuits courts ou par les efforts de reconquête des terres (Terre de Lien par exemple).

2- Coopération
La relation est en jeu. Les initiatives étudiées ont pour aspiration de sortir de la compétition comme rapport humain, souhaitant aussi ralentir et revisiter ce qu’est l’échange, à partir d’une critique des formes de relations dans les grands centres urbains.

3-Autogestion
La question de la forme démocratique y est souvent posée, avec deux polarités de questionnement :
- La subsistance : se loger, se nourrir, s’alimenter en energie, etc. Dans l’autogestion, les savoirs sont plus facilement considérés tandis qu’en métropole cette reconnaissance est amoindrie.
- La démocratie à l’échelle d’un groupe. L’expérience contrariée de la démocratie actuelle pousse à l’expérimentation démocratique à petite échelle, devant répondre notamment à des fins de subsistance.

En dehors de ces alternatives, on peut observer qu’il n’y a aujourd’hui aucun débat ou critiques des faits urbains : l’aménagement du territoire n’est plus politisé. Le problème est renvoyé dans les domaines d’expertises, mais les acteurs des métiers concernés ne réagissent pas à la hauteur des problèmes soulevés.

III.

Dans la troisième partie de la journée, intitulée "se positionner et s’engager pour un changement profond", nous avons eu des discussions très ouvertes et spontanées, à partir de deux questions :

1- Qu’est ce qui nous maintient à la ville ?
Notre rapport à la ville questionné. D’où nous vient cette nécessité de vivre au même endroit ? Quel sens est ce que cela a ? Quelques points sont énumérés avant les discussions : les problématiques d’urbanité (la densité et tout ses côtés matériellement pratiques), l’altérité sociale, la sociabilité accrue. Nous avons passé du temps ensuite à parler de la multiculturalité, des besoins et des habitudes qu’elles créent, et de ce qu’elle peut faire décliner en même temps, comme les cultures locales.

2- Quelle est notre rapport politique à cette question ?
Comment nous représentons nous dans l’espace politique ? Quels sont nos engagements ? Pouvons nous construire par nos trajectoires un autre espace politique. Quel rôle des expériences de quartier ? Y’a t-il chez nous un renouveau d’engagement ? Comment composer avec ce qu’on a ?